Le Dialogue entre Science et Religion


Mr BRUNO GUIDERDONI

Astrophysicien

Abd-al-Haqq Guiderdoni est chercheur au CNRS et dirige depuis 1995 l’Institut des hautes études islamiques.

Qui est Mr BRUNO GUIDERDONI ?

Création de l’observatoire

En 1867, Charles André, astronome à Paris, demande au préfet du Rhône, la création d’un nouvel observatoire. En 1873, la commission de l’observatoire est créée et propose de l’installer à Sainte-Foy-lès-Lyon. Charles André manœuvre pour qu’il soit installé à Saint-Genis-Laval.

Finalement, le président Mac Mahon, signe le 11 mars 1878, le décret de création de l’observatoire de Lyon, et Charles André est nommé premier directeur.
Directeurs
1878 – 1912 : Charles André (1842-1912) ;
1912 – 1933 : Jean Mascart (1872-1935) 1933 – 1966 : Jean Dufay (1896-1967)
1966 – 1976 : Joseph-Henri Bigay (1910-1982)
1976 – 1986 : Guy Monnet (1941-)
1986 – 1995 : Jean-Claude Ribes (1940-)
1995 – 2005 : Roland Bacon (1956-)
Depuis 2005 : Bruno Guiderdoni.

Par Bruno Guiderdoni
Le dialogue entre science et religion est en pleine expansion en ce début du 21ème siècle au niveau mondiale. C’est un dialogue qui s’est produit déjà depuis très longtemps puisque déjà dans la pensée grecque on en suit la trace, comme on en suit la trace au cours du moyen âge dans les pensées juives, chrétienne et musulmane. Puis il y a eu une période, surtout en occident, où on a pensé que science et religion avaient définitivement divorcé, l’affaire Galilée est la situation emblématique de ce divorce, et où finalement, après ce divorce, science et religion n’avaient plus rien à ce dire.
Il se trouve que, en cette fin du 20ème siècle et début 21ème siècle, on trouve un intérêt nouveau à ce dialogue entre les résultats de la science ou l’interprétation philosophique qui en résulte et la réflexion à l’intérieur de la religion et principalement la réflexion théologique.
Il y a plusieurs raisons à cela. La première raison, sans doute, vient de l’intérêt que les théologiens ont, et plus généralement les penseurs religieux, pour le monde. En effet, le rapport au texte, un texte qui est, pour les musulmans, est un texte éternel universel, le Coran, vivant encore ici et maintenant comme il était au moment de la révélation ; ce rapport au texte est quand même conditionné par regard des gens qui le lisent ; et croire à l’universalité du texte, est aussi penser que ici et maintenant en cette l’Europe et ce monde du 21ème siècle, nous avons la capacité de lire le texte et d’en tirer des enseignements pour aujourd’hui et a approcher le texte, nous devons l’approcher avec le regard des hommes et des femmes d’aujourd’hui ; ce regard qui est profondément informé par la science. Donc nous devons connaître la science pour mieux approcher les questions de nature spirituelle et théologique. C’est une première raison de succès du dialogue entre science et religion.
Une autre raison vient d’un processus qui s’est déroulé au sein même de la science pendant le 20ème siècle, celui de mutations conceptuelles considérables qui se sont produites dès le début du 20ème siècle et qui se sont poursuivi pendant tout le siècle passé. Ces mutations ont vu apparaître petit à petit de l’indéterminé, de l’indécidable, de l’incomplet à l’intérieur même de la science. Et loin d’être une défaite de la science, finalement, ces résultats sont une victoire de la science. Une victoire qui montre la maturité de la science. Mais elles ont rendu aussi – ces victoires – les scientifiques plus modestes d’un certain point de vu, puisque l’ancien paradigmes, celui du 19ème siècle où la science pensait pouvoir expliquer l’ensemble du réel. Cet ancien paradigme a volé aux éclats et les nouveaux paradigmes, ceux de la physique relativiste, ceux de la mécanique quantique, ceux qui se trouve aussi dans la théorie du KO, par exemple pour ne mentionner que la physique ; ou bien Les théorèmes d’incomplétude du coté des mathématiques. Ces nouveaux paradigmes sont beaucoup plus difficiles à interpréter que les paradigmes précédents. La physique, notamment la galiléenne par exemple, pour laquelle une interprétation très simple ou même naïve était possible.
Voilà maintenant des scientifiques qui sont en quête de sens, comme on dit maintenant, et qui sont à la recherche d’une interprétation, d’abord de nature philosophique, mais peut être aussi de nature spirituelle.. de nature herméneutique pour reprendre le mot du sens, une interprétation à leur pratique scientifique. Ces théologiens et ces scientifiques se retrouvent en une sorte de lieu commun, le discours philosophique sur l’interprétation de la science et sont les uns et les autres, peut être, les derniers à penser qu’il existe une réalité indépendante de nous.. une réalité difficile à approcher, que ce soit la réalité de Dieu, pour les croyants, ou la réalité du monde qui se dérobe qui résiste aux tentatives d’investigation de la science.
Il y a, sans doute, une troisième raison qui motive l’intérêt actuel pour le dialogue entre science et religion. Ce sont les problèmes auxquels l’humanité doit faire face au niveau environnemental. Tout le monde a entendu parler des questions de réchauffement climatique, du problème de l’accès aux ressources en eau, du problème de partage des ressources entre les différentes aires culturelles, comme il y a des problèmes considérables qui se sont soulevé par la science au niveau des biotechnologies, de leur emploi, de la capacité qui nous est offerte maintenant pour manipuler le vivant.. tout cela nous obligera à l’avenir à prendre des décisions au niveau planétaire. Ces décisions devront être informées par la science. Mais il se trouve que les différentes aires culturelles n’ont pas le même rapport à la science. Comment prendre des décisions qui sont indispensable pour rassurer la survie de l’humanité si nous avons de part et d’autre des rapports différents à la science ?!
Nous devons donc questionner ces rapports pour pouvoir préparer une réflexion commune qui est indispensable pour le salut de l’humanité.
Enfin, une quatrième et dernière raison qui motive ce dialogue et qui peut être la plus importante, celle du dialogue inter-cévilisationnel et inter-religieux. En effet, la coexistence des religions est maintenant un fait, un fait inuit pour l’humanité, un fait inédit, il ne s’est jamais produit au cours des époques précédentes, c’est une donnée maintenant de la globalisation, de la mondialisation. Nous devons apprendre à parler ensemble, apprendre à nous écouter et à nous respecter. Ce dialogue inter-religieux est difficile. Il rencontre un certain nombre d’obstacles. Voilà à travers le dialogue avec la science, les religions peuvent aussi entrer en dialoguer les unes avec les autres, quand elles parlent de ce donné commun qui le monde, comme la science est un patrimoine commun à toute l’humanité.
Ces quatre raisons font que, depuis quelques dizaines d’années, et singulièrement, depuis quelques années, le thème de dialogue entre science et religion a connu une expansion rapide surtout dans le monde occidental, mais aussi dans d’autres aire géographique et culturelle comme l’Inde ou la Chine par exemple. Et le monde musulman autant que tel doit participer à ce dialogue parce qu’il a au cours de son histoire profondément contribuer à façonner la science telle qu’elle est actuellement et la pensée philosophique du moyen age et de l’époque moderne à travers la contribution des grands philosophes musulmans ou des grands mutakalimouns (grands théologiens musulmans).
C’est vrai que, depuis quelques siècles, le monde musulman a connu une période d’endormissement qui évidemment a été suivi d’une longue période de colonisation, intellectuelle surtout, et maintenant je pense qu’au niveau mondial la réflexion sur l’humanité, sur le rôle de la science au 21ème siècle attend des voix musulmanes pour contribuer sereinement à l’avenir de l’humanité, à l’exemple de ce qui s’est passé pendant la grande période classique de l’islam où les savants musulmans ont entrepris des traductions de tout un patrimoine intellectuel et culturel de leur époque et ont entrepris de rédiger des synthèse de ce patrimoine dans le tawhid, l’unification éternelle, le cœur même de la doctrine islamique ; donc on peut espérer que la contribution du monde musulman à l’avenir de l’humanité en ce 21ème siècle sera justement cette réaffirmation de tawhid, de ce paradigme d’unification qui manque tant à l’humanité qui est morcelée par des replis identitaires de différentes natures et qui en même temps se trouve victime d’une uniformisation liée à la mondialisation, une uniformisation culturelle ; alors on a uniformité et diversité là où on voudrai avoir unité et harmonie dans la diversité, et c’est cela qu’on peut espérer pour l’humanité du 21ème siècle

Publié le 18 juin 2011, dans مقالات. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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